Une pétition pour dire non aux licences fédérales 2034 et 2050... en 2018 !

Christophe Carré, membre du Comité de Direction du Tennis Club de Crépy en Valois

 

Lettre ouverte à Madame la Ministre des Sports

 

Crépy en Valois, le 19 février 2014

 

Madame la Ministre des Sports, de la Jeunesse, de l'Éducation populaire et de la Vie associative

Le 16 février 2013, les élus de la Fédération Française de Tennis, réunis en Assemblée Générale, se sont accordés, à l'unanimité des 196 délégués présents, pour engager une marche forcée vers une hausse record du montant des licences fédérales.

Par tradition, cette assemblée procédait à une augmentation de + 0.50 € par saison pour la licence adulte et, tous les deux ans, + 0.50 € pour le montant de la licence jeune. Ce qui correspondait, grosso modo, au taux d'inflation moyen connu par le reste de la société. Une justification des plus pertinentes, la FFT n'étant pas un monde à part pour s'affranchir ainsi de réalités plus larges.

Or, en septembre 2013, le montant des licences a grimpé en une seule saison de + 2 € et culminera, au terme de cette regrettable évolution (2018), à + 64 % pour la licence jeune et +39 % pour la licence adulte.

Les justifications retenues pour cette décision sont de deux ordres.

1 - Le financement de la Modernisation du Stade de Roland Garros.
Un financement qui accuse dès sa définition un trou de 21 millions d'euros, pour un total qui est passé de 273 millions à 340 millions. Ce n'était pourtant pas difficile, la solution était dans le problème. Mais non, on impose aux licencié(e)s d'investir dans ce stade, à fonds perdus.

2 - Les élus de la FFT ont estimé ensuite, du haut de la pyramide FFT, que le montant des licences fédérales était sous-évalué en comparaison du montant des licences des autres disciplines sportives.
Une vérité tronquée et donc trompeuse puisque le tennis est bel et bien un sport qui reste parmi les plus chers dans sa pratique.

Ces justifications données sont, de mon point de vue, des justifications tout à fait opportunistes, totalement incomplètes, les unes venant étayer la faiblesse des autres, pour former ainsi un ensemble présentable.

Autre preuve, les élus de la FFT, sans doute très conscients du caractère plus que polémique d'une décision imposée au million de licencié(e)s, ont pris la précaution de procéder à tout cela dans le plus total des secrets, en catimini, coupant toutes possibilités pour les licencié(e)s d'émettre quoi que ce soit comme protestations préalables, d'engager quoi que ce soit comme démarche pour s'y opposer.

J'ai, malgré tout, en désespoir de cause, engagé tout récemment une démarche pour aller simplement informer d'abord le million de licencié(e)s. En effet strictement aucune information préalable et directe de la FFT pour ses licencié(e)s sur ce projet de hausse record sur cinq ans, strictement rien sur le site de la FFT, etc, etc...
Une démarche aussi pour solliciter les réactions du million de licencié(e)s de la FFT sur cette question d'une hausse record avec la possibilité de signer une pétition.
Bien évidemment, j'ai, à ma disposition, des moyens très limités. Je ne suis qu'un "petit ramoneur de rien du tout". On me l'a déjà clairement fait comprendre. Et sans doute cette démarche va nécessiter de ma part bien des actions, qui ont le risque de rester dérisoires, pour arriver à ne serait-ce que la faire connaître auprès des licencié(e)s de la FFT.

J'ai donc dédié un site à cette démarche (pétition) : kristophe.carre.free.fr/PetitionMSRG.html

Si je vous contacte aujourd'hui en tant que ministre, c'est pour connaitre votre point de vue sur un autre aspect mis en question par la décision de hausse record prise par les élus de la FFT le 16 février 2013. Une hausse sans doute confirmée et amplifiée par l'Assemblée Générale de la FFT des 15 et 16 février 2014. Mais, là aussi, il faudra attendre un certain temps avant que l'on soit tenu informé sur l'issue du vote sur le montant de la licence fédérale 2014/2015.

Le tennis n'appartient à personne sinon aux français qui le pratiquent. Si j'ai compris l'essentiel (?), pour atteindre certains objectifs, s'assurer d'un certain nombre de règles importantes, l'Etat confie aux fédérations sportives une délégation. La mission de ces fédérations tient ainsi, avant tout, à relayer des enjeux de société, clairement définis et qui correspondent à ce que l'on attend des missions de l'Etat : travailler au bien vivre ensemble, s'assurer de la cohésion de la société.

Le code du sport, qui reste donc ce texte qui s'impose aux fédérations, le précise ainsi dans son tout premier article (L100-1) :

"Les activités physiques et sportives constituent un élément important de l'éducation, de la culture, de l'intégration et de la vie sociale. Elles contribuent notamment à la lutte contre l'échec scolaire et à la réduction des inégalités sociales et culturelles, ainsi qu'à la santé. La promotion et le développement des activités physiques et sportives pour tous, notamment pour les personnes handicapées, sont d'intérêt général."

Madame le Ministre des Sports, ma question est la suivante : ne croyez-vous pas que les élus de la FFT, en prenant la décision de surenchérir le montant des licences fédérales dans des proportions aussi spectaculaires, s'inscrivent clairement dans une incohérence avec les missions ainsi définies dans la délégation qu'ils ont reçue de l'Etat pour s'assurer d'enjeux fondamentaux décrits dans cet article du code du sport ?

En rupture totale avec l'histoire de cette fédération, en rupture totale avec un contexte économique des plus difficiles pour chacun des français, en pleine incohérence avec l'article 1, paragraphe 1 de cette association (la FFT) qui définit son unique objet comme "l'accès de tous à la pratique du tennis", en rupture avec les dirigeants des 8000 clubs jamais autrement consultés, en rupture sans doute avec une proportion très importante des licencié(e)s de la FFT également totalement tenus à l'écart d'une telle "révolution", ne croyez-vous pas que la FFT s'est, pour l'instant, gravement écartée de l'ensemble de ces missions premières ?

Je reste un dirigeant de club. A ce titre, les élus de la FFT m'imposent de devoir aller expliquer aux adhérents de mon club, aux plus jeunes d'entre eux par exemple, que la hausse que la FFT a mise en oeuvre est de nature à favoriser "l'intégration, la vie sociale, la réduction des inégalités sociales, la promotion et le développement des activités physiques et sportives pour tous, l'intérêt général" ?

Croyez-vous que tout cela soit compatible, éthiquement compatible avec les raisons pour lesquelles je consacre autant de bénévolat, comme 26 000 autres dirigeants bénévoles dans le tennis, à l'animation d'une association sportive et du lien social qu'on y cultive ?

Je reste persuadé qu'en renchérissant le coût de la licence fédérale,  on s'écarte de ces missions et de ces objectifs fondamentaux pour le bien vivre ensemble, la cohésion d'une société qui ne se fragmente que trop par ailleurs.

La question que ces élus doivent désormais prendre en considération est de savoir si le choix des moyens avant la recherche du but est une démarche qui reste cohérente avec cette mission.
Je reste persuadé, de mon point de vue de dirigeant de club, que c'est bien le but qui doit s'imposer aux moyens mis en oeuvre pour l'atteindre et que si augmenter le montant de la licence fédérale est un moyen, "l'accès de tous à la pratique du tennis" en sera affecté, ce qui nous écarte du but.

En tant que Ministre des Sports, je pense (article R131-1 du code du sport) que vous avez sans doute la possibilité de rappeler cela à ces élus, rappeler que cette délégation qui a été confiée à la FFT s'accompagne nécessairement d'autre chose que la défense d'intérêts purement économiques, même en étant ceux de la FFT, la défense d'un budget pour un projet "coûteux" et une structure fédérale parmi les plus riches, avant la défense de "l'accès de tous à la pratique du tennis".

Je souhaite cette intervention.

Aucune des justifications présentées ne tient la route devant cet unique objet de l'association FFT, en délégation du ministère des Sports de la Jeunesse, de l'Education populaire et de la Vie associative : "l'accès de tous à la pratique du tennis".

Tout est là.

Veuillez agréer, Madame la Ministre des Sports, de la Jeunesse, de l'Éducation populaire et de la Vie associative, mes salutations respectueuses.

Christophe Carré
Membre du Comité de Direction du Tennis Club de Crépy en Valois

 

Pour signer la pétition sur Avaaz.org